Courbe du changement de Kübler-Ross : les 8 étapes quand ton travail bascule

On t’a annoncé une réorganisation, ou bien tu as décidé toi-même de changer de poste. Depuis, quelque chose cloche. Tu dors mal, tu t’énerves pour un rien, ou tu fais comme si tout allait bien.

Pourquoi vas-tu si mal alors que, sur le papier, rien de dramatique ne se passe ? Et pourquoi ton collègue, lui, semble s’en sortir ? Je vais te dire ce que j’en pense, à contre-courant de ce qu’on lit souvent. Un changement au travail ne se règle pas avec de la bonne volonté et un plan d’action. Il se traverse, étape par étape, et la courbe du changement sert à savoir où tu en es.

Dans cet article, je t’explique d’où vient cette courbe, pourquoi même un changement voulu ressemble à un deuil, et ce que veulent dire ses 8 étapes. Si tu es manager, tu verras aussi pourquoi tes équipes résistent.

Qu’est-ce que la courbe du changement, et d’où vient-elle ?

La courbe du changement décrit les états émotionnels par lesquels passe une personne face à un changement important, de l’annonce jusqu’au moment où elle se sent à l’aise dans la nouvelle situation. On l’utilise beaucoup en conduite du changement, c’est-à-dire dans les actions qui aident une organisation à s’adapter à une évolution. Mais elle parle d’abord de toi, pas de ton entreprise.

Elle vient des travaux d’Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre. En 1969, dans On Death and Dying, elle décrit cinq étapes du deuil observées chez des patients en fin de vie : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. La courbe en 8 étapes présentée ici est une adaptation plus moderne de son modèle, élargie au deuil en général, donc à toute perte et pas seulement celle d’un proche.

Le Larousse définit le changement comme le fait de passer d’un état à un autre. Ça paraît simple, mais on oublie la moitié de l’idée. Pour arriver dans le nouvel état, il faut quitter l’ancien. Henri Bergson le dit à sa façon dans L’Évolution créatrice : « Pour un être conscient, exister consiste à changer ». Changer est donc la condition normale. C’est la manière de le traverser qui fait la différence.

Pourquoi un changement, même voulu, ressemble à un deuil ?

Il existe deux sortes de changements. Le changement subi vient de l’extérieur, comme un licenciement, une fusion ou un nouveau chef. Le changement voulu part de toi, comme une reconversion, une démission ou une prise de poste. On pense souvent que seul le premier fait mal. C’est faux.

Dans les deux cas, tu perds quelque chose. Des habitudes, une équipe, une place, une image de toi. Ça peut être minime, ça compte quand même. Tu quittes un état que tu connaissais par cœur pour un état que tu ne connais pas, et c’est ça, un deuil.

Jeune femme de dos, hésitant à entrer dans une salle de réunion vitrée où une équipe est installée

Je l’ai vu avec Julie (le prénom est modifié). Il y a trois ans, une entreprise m’a demandé de la coacher. Elle avait 22 ans et prenait ses premières fonctions de manager, avec à encadrer des personnes qui étaient jusque-là au même niveau qu’elle. Le coaching a bien démarré. Puis on a touché des points sensibles, notamment le fait qu’elle avait cessé de vivre pour elle depuis quelques années, et elle s’est totalement refermée. Elle a demandé l’arrêt du coaching, en expliquant qu’une formation de management correspondrait mieux à ce qu’elle cherchait.

Sur le papier, c’était une évolution de carrière. Aujourd’hui, je lis cette scène autrement. C’était le démarrage de tout son processus de deuil, en plein déni.

Ça vaut aussi quand tu pars de ton plein gré. Faire le deuil de son travail, même quand on l’a choisi, c’est normal. Et une perte de sens dans ton travail peut être le signe qu’un deuil a déjà commencé, sans que tu l’aies identifié.

Quelles sont les 8 étapes de la courbe du changement ?

La courbe se lit en deux temps. Dans la phase descendante, tu regardes en arrière et l’humeur baisse. Dans la phase ascendante, tu te tournes vers l’avenir et l’énergie remonte. Voici les étapes du deuil professionnel en un coup d’œil.

Étape
Ce que tu ressens
Ce qui t’aide
1. Choc
Sidération, impression de perdre pied
Encaisser, éviter les décisions à chaud
2. Déni
« Ça va passer », tu fais comme si de rien n’était
Te demander ce qui a vraiment changé
3. Colère
Injustice, irritation, besoin d’un responsable
Évacuer sans abîmer tes relations
4. Tristesse
Fatigue, découragement, prise de conscience de la perte
Accepter l’état, rester entouré
5. Marchandage
Tu cherches à garder un peu de l’ancien monde
Distinguer ce qui peut rester de ce qui est fini
6. Acceptation
Tu reprends la main, tu cesses de lutter
Te fixer un premier objectif simple
7. Reconstruction
Énergie, curiosité, nouvelles habitudes
Installer des repères dans le nouveau cadre
8. Sérénité
Calme, projets, confiance
Garder ce que tu as appris
La courbe du deuil

Phase descendante : quand tu regardes en arrière

Le choc ouvre la courbe. Tu apprends la nouvelle ou tu prends ta décision, et le sol bouge. Beaucoup de gens continuent alors leur journée comme avant, ce qui annonce déjà l’étape suivante.

Le déni arrive ensuite. Tu te dis que ça va s’arranger tout seul, qu’il suffit d’attendre. C’est pas de la bêtise, c’est un réflexe pour te protéger de la peur. Julie en était là, quand elle a voulu arrêter notre travail.

Puis vient la colère. Le stress cherche une sortie, et tu le diriges vers toi ou vers les autres. Tu ressens de l’injustice, tu cherches un responsable. Dans une équipe, ça se voit vite.

La tristesse clôt cette phase. C’est souvent un déclic, parce que tu mesures enfin ce que tu as perdu. Ça fait mal, mais c’est aussi le moment où tu commences à accepter l’idée du changement.

Phase ascendante : quand tu recommences à avancer

Le marchandage ouvre la remontée. Tu sais que tu ne peux pas annuler le changement, alors tu tentes de sauver ce que tu peux de l’ancien modèle. Tu négocies un poste proche de l’ancien, tu gardes un vieux dossier.

L’acceptation suit. Tu reprends les commandes et tu n’es plus enfermé dans le deuil. Tu acceptes de mieux en mieux les conséquences, et tu vas de l’avant.

Avec la reconstruction, tu mets ton énergie dans le nouveau système. La culpabilité s’allège, et tu pardonnes à ceux qui ont causé la perte du départ, celle de l’étape 1.

La sérénité ferme la courbe. Tu regardes l’avenir sans crispation, l’enthousiasme revient et tu refais des projets.

Comment avancer d’une étape à l’autre sans te forcer ?

Personne gravissant une marche d'un escalier lumineux dans un immeuble de bureaux

On ne saute pas d’étape, mais on peut mieux les traverser. Voici cinq repères que j’utilise en séance.

  1. Nomme ce que tu perds. Écris ce que ce changement te retire, même les petites choses. Une perte qu’on nomme pèse moins qu’une perte qu’on ressent sans mots.
  2. Repère ta place sur la courbe. Relis le tableau et demande-toi quelle étape te ressemble aujourd’hui. Savoir où tu en es suffit déjà à calmer une partie de l’inquiétude.
  3. Ne force pas l’acceptation. L’accepter trop vite revient souvent à faire semblant. Ton corps et ton humeur rattrapent ce que ta tête a voulu régler en une soirée.
  4. Appuie-toi sur quelqu’un. Un collègue, un proche, un coach. Tu n’as pas à traverser la tristesse seul.
  5. Avance à petits pas. Un seul geste concret par semaine vaut mieux qu’une grande résolution abandonnée au bout de trois jours.

Lao Tseu l’écrivait dans le Tao Te King : « Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas ». Avec Julie, c’est ce que j’ai retenu. Parfois, un coaching sert aussi à amorcer ce processus, à petits pas.

Pourquoi résiste-t-on au changement, et que faire quand on est manager ?

Manager attentif, assis à une table avec deux collaborateurs lors d'un échange en petit comité

La résistance au changement désigne les réactions, explicites ou non, par lesquelles une personne freine ou refuse une évolution. L’expression est ancienne, puisqu’on la trouve dès 1948 chez Coch et French, repris par Bareil en 2008. Sur la courbe, elle correspond surtout au déni et à la colère. C’est pas du mauvais esprit, c’est de la protection.

Un point à garder en tête si tu encadres une équipe. Tes collaborateurs ne sont pas tous au même endroit de la courbe au même moment. Celui qui râle n’est pas forcément plus loin de l’acceptation que celui qui dit oui en silence.

Une partie de la résistance vient peut-être aussi d’un manque d’implication. Selon le baromètre EFE-OpinionWay de novembre 2024, 40 % des salariés français souhaitent jouer un rôle plus actif dans les décisions liées aux transformations de leur entreprise.

En management, la courbe du changement sert de grille de lecture pour ajuster ton message à chaque étape. Trois réflexes aident :

  • Annonce tôt et clairement, sans attendre que les rumeurs fassent le travail
  • Demande à chacun où il en est, au lieu de le deviner
  • Laisse de la place à la tristesse, sans la laisser s’installer

La conduite du changement en management ne tient pas seulement à un calendrier et à des outils. Elle tient aussi à ta capacité à voir des personnes en deuil derrière les réactions de ton équipe.

En quoi le coaching t’aide-t-il sur cette courbe ?

Les personnes qui viennent me voir vivent presque toujours un changement, qu’elles en aient conscience ou non. Le coaching sert à repérer ton étape, à mettre des mots sur ce que tu perds, puis à reconstruire à ton rythme.

Si tu veux un accompagnement individuel, c’est le rôle de BoostPro. Si tu portes un changement dans ton entreprise, Relance a été pensé pour ça.

Les questions qu’on me pose sur la courbe du changement

Qui a créé la courbe du changement ?
Elle s’inspire des cinq étapes du deuil d’Elisabeth Kübler-Ross (1969). La version en 8 étapes est une adaptation plus récente, utilisée en conduite du changement.

Combien de temps dure chaque étape ?
Il y a pas de durée type. Ça dépend de l’ampleur de la perte, de ton entourage et de ton histoire. Une étape peut passer en quelques jours ou s’installer bien plus longtemps.

Peut-on sauter une étape ?
Tu peux en traverser une très vite sans la remarquer. Ce que tu ne vis pas à ce moment-là a tendance à revenir plus tard. Et il arrive aussi de reculer d’une étape, sans que ce soit un échec.

La résistance au changement, c’est la même chose que le déni ?
Pas tout à fait. Le déni est une étape de la courbe. La résistance est un comportement plus large, qui peut apparaître au déni, à la colère ou au marchandage.

Quelle différence entre courbe du changement et conduite du changement ?
La conduite du changement est la démarche d’une organisation pour accompagner une transformation. La courbe est un outil de lecture des réactions des personnes concernées.

Tu n’as pas à aller plus vite que ta courbe

Je pense qu’on se trompe quand on traite le changement comme un problème à régler. Un changement, même choisi, te prend quelque chose, et le mal-être du milieu de la courbe ne dit pas que tu fais mal. Il dit que tu es en train de traverser.

Alors avance à ton rythme, repère ton étape, et demande de l’aide quand tu stagnes. Albert Camus disait dans Retour à Tipasa « Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible ».

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Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement.

Bouddha

Fondateur du bouddhisme

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