Un collègue bloque sur un dossier. Tu lui consacres vingt minutes, il te remercie, et ta réponse sort toute seule : « C’est rien, ça m’a pas pris longtemps. » Sans t’en rendre compte, tu viens de ranger un vrai savoir-faire dans la case « normal ».
Ça te parle ? Alors une question mérite d’être posée. Pourquoi minimises-tu ce que tu sais faire, alors que tu repères sans peine ce que les autres font de bien ? Et qu’est-ce qui t’aide à tenir quand la période devient lourde ?
Je défends une idée simple dans cet article. Tes ressources personnelles ne te manquent pas, tu les rends invisibles. On t’a appris à ne pas les regarder, et les identifier commence par t’y autoriser.
Quelles sont tes ressources personnelles, concrètement ?
Une ressource personnelle, c’est ce sur quoi tu peux t’appuyer pour répondre à un besoin, surmonter une difficulté ou atteindre un objectif. Rien de mystérieux là-dedans. C’est ce qui te fait tenir un lundi pénible, ou te remet debout après un refus.
On distingue deux familles. Les ressources internes viennent de toi : tes valeurs, tes qualités, tes compétences, ce que tu as vécu. Les ressources externes viennent de ton environnement : des personnes, des outils, des lieux, un cadre. Le tableau ci-dessous donne des exemples, avec une question à te poser pour chacun.
Ces ressources dorment souvent. Elles attendent que tu viennes les solliciter, et tu as parfois du mal à les reconnaître.
Pourquoi tes ressources restent-elles invisibles ?
Première raison, ton cerveau trie de travers. Dans une revue de recherches publiée en 2001, le psychologue Roy Baumeister et ses collègues montrent que le négatif pèse plus lourd que le positif dans presque tous les domaines étudiés, des émotions aux relations. Un retour négatif marque plus qu’un retour positif. Tu retiens la remarque sur ton défaut et tu oublies le merci.
Il y a aussi ce que ta culture t’a appris. Dans la société où on vit, parler de soi en bien passe vite pour de la prétention. Alors on se méfie, on a peur d’être pris pour quelqu’un d’arrogant, et on finit par faire l’inverse en se dévalorisant. Pourtant, rester modeste et se satisfaire d’avoir aidé un collègue ne s’opposent pas. Tu peux faire les deux.
Reste la raison la plus sournoise. Ce qui te vient facilement te paraît banal, donc sans valeur. Les ressources qu’on mobilise quand tout roule se voient moins que celles qu’on est allé chercher dans la difficulté. C’est pourtant là que peut se cacher un vrai talent.
Comment identifier tes ressources internes ?
Carl Jung écrivait en 1916 à l’une de ses patientes : « Qui regarde à l’extérieur rêve, qui regarde à l’intérieur s’éveille ». Regarder à l’intérieur, ça s’apprend. Voici cinq portes d’entrée.
1. Repère tes valeurs
Tes valeurs motivent et guident tes actes. Elles constituent ce que tu es au plus profond, et elles donnent du sens à ce que tu fais. C’est ce qui en fait des ressources solides, surtout quand l’énergie baisse. Pour les identifier, trois exercices marchent bien. Tu peux partir d’une feuille blanche, remonter par tes souvenirs ou te projeter dans le futur
2. Accepte tes qualités et tes talents
Tu as le droit de faire des choses bien. Ça paraît évident, mais ça l’est pas pour tout le monde. Accepter tes qualités, c’est aussi arrêter de te comparer à un « moi idéal » et partir de ce que tu es, avec des défauts, certes, et une multitude de talents que tu ne comptes jamais. Pose-toi ces questions :
- Qu’est-ce que tu aimes faire ? Qu’est-ce que tu fais bien, sans effort, sans même y penser ?
- Qu’est-ce que ça dit de toi, et en quoi ça fait de toi une personne unique ?
Si une petite voix répond « c’est pas si extraordinaire », c’est peut-être une croyance limitante qui prend la parole.
3. Dresse l’inventaire de tes compétences
Tes connaissances, tes compétences et tes expertises sont des ressources que tu as acquises, et que tu oublies vite. Dresse la liste de ce que tu sais faire aujourd’hui et que tu ne savais pas faire il y a cinq ans. Pense aussi à ce que ton poste actuel ne te demande pas. Si tu préfères un cadre structuré pour faire ce tour complet, c’est le principe de SkillsBoost, le bilan de compétences en ligne.
4. Ce que tes expériences t’ont appris
Les expériences difficiles te sortent de ta zone de confort, donc les ressources qu’elles révèlent se repèrent plus facilement. Quand tout se passe bien, tu mobilises les tiennes sans les voir. Dans les deux cas, il y a quelque chose à en tirer. Jean-Paul Sartre l’a écrit ainsi : « L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous ». Demande-toi ce que cette situation t’a permis de développer, et ce que tu sais faire aujourd’hui sans l’avoir su avant.
5. Change ton angle de vue
On a tendance à voir le verre à moitié vide et à ne regarder que ses faiblesses. Mon père a coutume de dire qu’une épée a deux faces, et que l’une ne va pas sans l’autre. Chaque faiblesse cache peut-être une force que tu as développée.
Prends quelqu’un d’indiscipliné. Il supporte mal un cadre très strict et il lui faut de la liberté, ce qu’on range volontiers du côté des points faibles. Mais cette personne possède peut-être un vrai talent pour l’imagination et la créativité, puisque s’affranchir des règles est la meilleure façon d’inventer. Fais ce renversement à ton rythme, sans te faire de mal.
Et tes ressources externes, tu y penses assez ?
On cherche d’abord en soi et on oublie ce qui entoure. Pourtant, un proche qui t’écoute, quelqu’un qui t’inspire sans te connaître, un outil, un lieu où tu travailles bien ou un règlement qui te protège comptent aussi.
Les mobiliser passe par un geste qui coûte, demander de l’aide. En 2008, Francis Flynn et Vanessa Lake ont mesuré cette erreur d’estimation. Dans leurs trois premières études, les personnes qui demandaient un coup de main sous-estimaient jusqu’à 50% la probabilité que l’autre dise oui. Tes ressources externes sont donc sans doute plus disponibles que tu ne le crois. Le premier réflexe consiste à demander, clairement.
Quel exercice faire dès ce soir ?
Si tu n’arrives pas à voir ce que tu fais de bien au quotidien, essaie un rituel tout simple. Chaque soir avant de te coucher, note dans un carnet dédié trois choses de ta journée dont tu peux être fier. Ajoute pourquoi tu y es arrivé. Même celles qui te paraissent insignifiantes comptent, parce qu’il n’y a pas de petites réalisations.
Cet exercice s’inspire des travaux de Martin Seligman et de ses collègues. En 2005, des participants ont noté chaque soir pendant une semaine trois choses qui s’étaient bien passées. Ils se déclaraient plus heureux, et l’effet tenait encore six mois plus tard. Le résultat n’est pas garanti pour tout le monde, mais l’exercice prend une dizaine de minutes par jour.
Au bout de deux semaines, relis ton carnet. Tu y trouveras des choses que tu ne soupçonnais pas, à compter dans tes ressources personnelles. Continue aussi longtemps que tu peux, de nouvelles ressources apparaîtront au fil des soirs.
Tes questions sur le sujet
Comment reconnaître ses qualités quand on n’en voit aucune ?
Pars des faits plutôt que des adjectifs. Note ce que tu as fait cette semaine, même petit, puis demande à deux personnes de confiance ce qu’elles te reconnaissent. Ce qu’elles citent sans effort est peut-être justement ce que tu ne vois plus.
Peut-on avoir une ressource sans le savoir ?
Oui. Ce qui te vient facilement passe inaperçu, et les compétences acquises sur le terrain, loin de tout diplôme, se perdent facilement de vue.
Quelle est la différence entre ressources internes et externes ?
Les ressources internes viennent de toi : valeurs, qualités, compétences, expériences. Les ressources externes viennent de ton environnement : personnes, outils, lieux, règles.
Une faiblesse peut-elle devenir une ressource ?
Pas toujours, mais ça vaut le coup de chercher la force qui se cache derrière, comme pour la personne indisciplinée évoquée plus haut.
Reconnaître ce que tu sais faire n’a rien d’arrogant
Tu n’as pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour avancer. Tes ressources sont déjà là, dans ce que tu fais bien sans y penser et dans ce que tu as traversé, mais aussi chez les gens autour de toi. Le vrai travail consiste à les regarder en face, sans te comparer et sans demander la permission. Je pense qu’on confond modestie et effacement, et que ça fatigue tout le monde.
Montaigne l’écrivait déjà : « C’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être ».
Et si on faisait le point sur ta situation ?
Je te propose un premier échange offert et sans engagement pour faire le point sur tes questions et voir comment je peux t’accompagner. Un moment d’écoute bienveillante, des conseils adaptés à ta situation, sans engagement, en toute simplicité.